- Sept contes roumains traduits par Jules Brun, avec une introduction générale et un commentaire folkloriste par Léo Bachelin. Paris, Firmin-Didot et Cie, 1894; LXIV + 350 pp. Retrieved on 2019-11-11.
J’ajoute que cette étude du folklore était urgente ; c’était grand temps de l’entreprendre, en Europe surtout, où la culture envahissante tend de jour en jour à uniformiser davantage les mœurs et les coutumes ; où les dialectes et les contes populaires s’en vont mourant avec les rares vieilles gens qui en savent encore le secret ; où l’imprimé, toujours plus répandu, se substitue graduellement à la tradition orale.
Déjà expulsés des villes, les vieux contes traditionnels ne font plus que végéter dans les campagnes, d’où le journal et le roman à un sou auront bientôt fait de les supplanter. Alors le campagnard, comme déjà l’ouvrier des fabriques, aura pour combler ses loisirs, au lieu des contes du temps passé et des vieilles chansons d’autrefois, des faits divers, des comptes rendus de cours d’assises et des potins politiques. Il lira le feuilleton du moment, discutera la question du jour, remaniera la carte de l’Europe ou résoudra la question sociale. Ce sera beaucoup moins gai, et je ne prévois pas que ce lui sera beaucoup plus profitable ; mais c’est à quoi fatalement nous’ en viendrons.
En Roumanie, nous n’en sommes pas encore là, Dieu merci. Tant que la moitié du peuple ne saura ni lire ni écrire, la tradition orale, loin de s’éteindre, continuera à s’enrichir ; tant que la plupart des paysans et des bergers seront encore de ces enviables bienheureux qu’on appelle des illettrés, ils sauront conter en lisant dans leur mémoire comme dans le plus merveilleux des livres, et c’est à foison qu’ils en évoqueront des poèmes, des légendes, des chansons, des contes, des proverbes et des sentences, — attendu qu’il n’est peut-être pas de peuple en Europe qui ait un patrimoine mythologique plus riche et chez lequel les traditions indo-germaniques se soient conservées avec plus d’intégrité que chez les Roumains. Leur folklore est une mine d’une abondance extraordinaire, à peine exploitée et loin d’être épuisée ; il suffit pour le prouver de mentionner qu’une seule commune de Bucovine a fourni à M. Sbiera une centaine de contes, et, malgré les collections d’Ispiresco, de Stancesco, de Slavic, de G. Dem. Théodoresco, de Creanga, malgré les publications de Hasdeu, de Mariano, de Biano, il reste encore une ample moisson à recueillir, dont tous ces travaux ne sont qu’une première gerbe hâtivement liée. Car si la Roumanie, fort jeune encore comme nation politique, n’a pas produit jusqu’à présent — et cela est très compréhensible — une littérature classique bien volumineuse, elle possède, en revanche , une poésie populaire d’une valeur incomparable, un trésor de chants et de récits à rendre jalouses les nations les mieux dotées à cet égard. Le lecteur en jugera lui-même par les spécimens que nous lui présentons aujourd’hui.
Bel-Enfant de la larme — La fée des fées — Les douze filles de l’empereur — Stan l’échaudé — Roman le merveilleux — Le conte du porc — Jouvencelle-jouvenceau.
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